Avignon, France, Lundi 30 septembre 2019

Sabrina :Mgr Jean-Pierre Cattenoz, j’ai le plaisir d’être avec vous ici dans les bureaux de l’archevêché du diocèse d’Avignon et j’ai vraiment été très frustrée d’avoir raté votre venue à Medjugorje pour le 15 août. Toutes les personnes présentes m’ont dit qu’elles avaient été bouleversées par votre enseignement, qu’elles avaient déjà entendu d’autres personnes relater l’importance de la Bible, mais que votre manière d’en parler les avait vraiment émus.

Racontez-moi, s’il vous plaît, comment vous êtes arrivé à Medjugorje pour le 15 août 2019. Quand cela a-t-il été décidé et comment cela s’est-il fait?

Monsignor Cattenoz :Au mois du juillet j’ai rencontré Christine du Coudray, la responsable de l’AED (Aide à l’Église en Détresse) pour l’Afrique. Nous nous connaissons bien depuis des années, puisque j’ai passé 15 ans en Afrique où j’ai été prêcher des retraites aux prêtres dans différents diocèses. Lorsque je l’ai rencontrée au mois de juillet, elle m’a confié que Mgr Hoser souhaitait inviter des évêques du monde entier à se rendre à Medjugorje ; elle m’a parlé du 15 août et m’a demandé si j’étais prêt à y aller.

Dans un premier temps je prévoyais de rentrer de Terre Sainte le 12 août et je n’envisageais de pas repartir immédiatement pour Medjugorje. Puis finalement, en priant un peu, je me suis dit : « Pour la Sainte Vierge il faut être prêt à toutes les folies ! » et donc j’ai décidé de partir à Medjugorje le 14. Mgr Hoser est venu me chercher à l’aéroport de Dubrovnik. C’était une grande joie pour moi de vivre les célébrations du 15 août à Medjugorje.

Sabrina : Quel a été votre ressenti de Medjugorje ? Était-ce la première fois que vous y alliez?

Mgr Cattenoz :C’était la première fois. Je ne connaissais absolument pas ce lieu et dans le temps, Rome nous demandait de rester prudents pour ce qui était de l’organisation de pèlerinages… Je suis un ami du Cardinal Schönborn et je sais que lui-même y avait été envoyé plusieurs fois par le Pape Benoit XVI, pour voir la situation sur place. Je l’ai rencontré un jour, alors que j’attendais une rencontre avec le Pape Benoit XVI. Lui revenait pour lui rendre compte de ce qui se passait à Medjugorje. Nous avons donc pu en parler tous les deux.

Je vous avoue que ce qui m’a frappé à Medjugorje c’est d’être resté des heures en prière dans l’église paroissiale et de sentir la présence de la Sainte Vierge, la présence de Marie qui accompagne tous ces pèlerins qui viennent, qui passent, qui prient, qui s’inclinent devant Sa statue… On sent vraiment une présence mariale très très forte dans ce sanctuaire.

Sabrina :Aviez-vous des aprioris? Quelle était votre idée de Medjugorje avant? Que pensiez-vous des gens qui s’y rendaient?

Mgr Cattenoz :Non. Je vous avoue qu’un curé de mon diocèse, qui y a été plusieurs fois, disait qu’il avait été bouleversé essentiellement par le ministère de la réconciliation, qu’il avait été étonné de s’entendre, lui-même, dire telle ou telle chose à un pénitent, alors qu’il n’y avait jamais pensé auparavant. Tout d’un coup, il sentait que l’Esprit-Saint le conduisait à travers le ministère de la confession.

C’est un prêtre qui avait convaincu un de ses confrère, d’un autre diocèse, de le suivre à Medjugorje, car celui-ci s’apprêtait à quitter son ministère, il voulait absolument tout arrêter. Ce prêtre-là m’a demandé de venir dans le diocèse pour un peu de temps avant de quitter le ministère, mais un pèlerinage à Medjugorje l’a complètement bouleversé. Aujourd’hui, il a retrouvé son équilibre sacerdotal et remplit très sereinement sa mission au sein du diocèse, sans aucun problème. On sent là aussi l’œuvre de Marie. C’est vraiment la Vierge qui a été toucher son cœur de prêtre et qui l’a renouvelé, qui a renouvelé son ministère.

Sabrina : Avez-vous l’occasion d’entendre des fidèles de votre diocèse vous parler de Medjugorje? Avez-vous eu l’occasion d’entendre ce genre de témoignages?

Mgr Cattenoz :Oui, par exemple j’ai été amené à rencontrer un prêtre et une jeune femme qui pensent à créer une fondation. Cette jeune femme organise, depuis des années, avec sa famille, un pèlerinage en bus pour Medjugorje, lors du festival des jeunes. C’est une habituée des lieux. Depuis un moment elle me disait: «mais quand viendrez-vous avec nous?» Moi, j’étais sur la réserve, en attente de l’autorisation de Rome. Lorsque le Pape François a levé l’interdiction pour les évêques d’organiser ces pèlerinages, je me suis dit: «maintenant, si l’occasion se présente, je vais à Medjugorje».

Sabrina :Monseigneur, pourriez-vous me raconter quel était votre état d’esprit ? Aviez-vous une attente?

Mgr Cattenoz :Non, parce que tant que je ne connais pas un lieu, je me garde de dire quoi 2 que ce soit. Je sais que j’avais entendu même un cardinal me dire: «la Vierge est bien bavarde à Medjugorje, qu’est-ce que cela veut dire?»

Je vous avoue que j’attendais l’occasion de mieux connaître ce lieu d’apparition. Je suis heureux d’y avoir été, d’avoir découvert cet endroit où l’on sent cette présence de Marie qui accompagne tous les pèlerins et qui leur donne vraiment de vivre des moments de grâce. Mgr Hoser me disait: «Medjugorje, c’est le confessionnal du monde actuellement». Il faut vraiment souhaiter que ce renouveau du sacrement de réconciliation, voulu par Marie à Medjugorje, puisse rayonner dans toute l’Église. C’est vital pour l’Église d’aujourd’hui.

Sabrina :Avez-vous eu l’occasion, vous-même, de confesser?

Mgr Cattenoz :Non, pour la bonne raison qu’on ne m’a même pas donné le badge pour pouvoir confesser. Il m’est parvenu le matin de mon départ!

Comme je suis lié à un institut carmélitain auquel j’appartenais avant de devenir évêque, pour moi l’oraison est un moment essentiel de ma vie. Ma joie pendant ces deux jours à Medjugorje a été de faire oraison dans l’église paroissiale et de communier ainsi à tout ce qui se vit de profond dans ce lieu marial.

Sabrina : Monseigneur, qu’avez-vous vu de Medjugorje? Quels sont les endroits que vous avez eu l’occasion de visiter cette fois?

Mgr Cattenoz : Dès que je suis arrivé, je suis allé dans l’église et puis j’ai visité les alentours… Bien sûr, j’ai partagé les repas avec les Franciscains, avec Mgr Hoser…

Le 15 et le 16 août, j’ai pu me rendre sur la colline tout en récitant le chapelet. C’était là, tout simplement, une découverte priante des lieux.

Mon séjour s’est vraiment bien passé! J’ai prêché le 15 août au soir, ainsi que le 16 août à midi, à la messe francophone. En dehors de cela, j’ai été l’un des pèlerins, découvrant les lieux, allant faire oraison à l’église, tout simplement.

Sabrina : Ce qui est intéressant, c’est que vous êtes revenu de Terre Sainte le 12 août, moi je suis arrivée en Terre Sainte le 11, nous nous sommes donc vraiment croisés dans les airs ! J’ai été contrariée d’avoir raté votre venue, surtout lorsque mon mari et plusieurs de mes amis, qui vous ont entendu à Medjugorje, ne tarissaient pas de superlatifs et relataient comment ils avaient ressenti le fait que vous ayez été invité à prêcher à la grand-messe du 15 août, fête importante pour tous les catholiques, mais surtout pour les Croates…`

J’ai envie de dire… Racontez-moi cette homélie! L’aviez-vous préparée? Qu’avez-vous ressenti devant ces dizaines de milliers de pèlerins, puis également en passant à la radio et sur les écrans via le web et la télévision?

Mgr Cattenoz : Je peux juste vous dire que lorsque je prépare une homélie, je m’imprègne du texte sur lequel je dois parler, je prie, puis je laisse l’Esprit-Saint me conduire à travers ce qu’il veut me montrer. Ce jour-là, c’était le texte sur la rencontre de Marie et d’Elizabeth. C’est un texte formidable, que je connais bien, que je savoure depuis des années ; j’ai laissé l’Esprit- Saint me guider, tout naturellement.

Alors c’est vrai que depuis plus de 50 ans, je goûte quotidiennement la Parole de Dieu et qu’à force de le faire, on se rend compte que l’Esprit-Saint nous dévoile toujours de nouvelles choses qui sont au cœur de cette parole. Je suis émerveillé de voir comment l’Esprit-Saint nous guide à une intelligence de plus en plus profonde de la Parole.

Je souhaiterais que tous les baptisés puissent vraiment, chaque jour, prendre un peu de temps, au moins un quart d’heure, vingt minutes, assis au pied du maître à écouter sa Parole. C’est dans l’Évangile de Marc, qu’il est dit : « à ceux qui sont assis en cercle autour de Lui, le mystère du royaume est donné ». Et je crois profondément que si l’on intègre la Parole, si on l’accueille, si on la laisse prendre chair dans nos vies, le Christ nous transfigure en Lui et l’on vit le mystère de Noël. Le Verbe s’est fait chair, il s’incarne en nous et nous vivons au rythme de l’Esprit-Saint avec le Christ, dans le Christ. C’est le cœur même de la Parole de Dieu.

Je crois que dans l’Église catholique, on avait un peu oublié la place de la Parole de Dieu. On la retrouve aujourd’hui dans toute sa profondeur. Après Vatican II, il y a eu visiblement un engouement pour la Parole de Dieu, puis, petit à petit, on sent qu’on l’a de nouveau oubliée, alors que cette Parole devrait nous habiter en permanence.

Personnellement, je la répète souvent et, petit à petit, j’en viens à la connaître par le cœur et c’est cela qui est merveilleux. C’est de voir comment, dans le texte du 15 août, je m’aperçois que la Pentecôte est annoncée. Il y a tellement de choses auxquelles je n’aurais pas pensé avant et que l’Esprit-Saint a mises dans mon cœur pour les relater dans mon homélie du 15 août.

Sabrina : Vous me partagiez tout à l’heure que, début juillet, vous avez été à un colloque ayant comme thème la réflexion sur l’araméen ancien en tant que langue de base de l’écriture des Évangiles. Je trouve touchant que vous essayiez d’aller au plus profond de la Parole, pour aller aux sources des mots dans lesquels elle a été transmise!

Mgr Cattenoz : En fait, je suis fasciné par le travail de Monsieur Pierre Perrier, un laïc qui travaille sur ce thème avec une équipe depuis de nombreuses années, alors qu’il était scientifique dans l’industrie aéronautique. Il est fasciné par la transmission orale de l’Évangile en araméen, avant même qu’il n’existe en grec ou en latin et son travail arrive maintenant à situer l’existence de l’Évangile araméen oral dès les années 28/30, c’est-à-dire, beaucoup plus tôt qu’habituellement admis, puisqu’on dit qu’il se serait établi en gros avant ou un peu après la chute du temple. Or, ces travaux nous montrent que dès la Résurrection de Jésus, lorsque les apôtres partent en Galilée, c’est là qu’ils le verront. Jésus le leur avait annoncé. Ils font un pèlerinage de mémoire de ce qu’ils ont vécu avec Jésus, des enseignements qu’Il leur a donnés et, immédiatement après cela, ils reviennent à Jérusalem. De ce grand pèlerinage de mémoire de tout ce que Jésus avait enseigné en montant de Galilée à Jérusalem commence à se former cette mémoire des enseignements de Jésus. 

Concrètement l’Évangile existait dès les années 29/30 et là on voit beaucoup mieux la place de la Vierge Marie dans la composition orale de l’Évangile. Notamment, pour citer un seul petit exemple: dans l’Évangile de Jean, au pied de la Croix, on voit la Mère de Jésus et le disciple que Jésus a aimé et une fois que Jésus a dit à sa Mère « voici ton fils bien aimé » on nous dit dans l’Évangile qu’à partir de cette heure-là, le disciple bien aimé la prit chez lui. Or, chose étonnante, dans l’Évangile araméen, on a une autre version, car ce récit nous dit « à partir de cette heure-là, elle prit le disciple bien aimé chez elle » ! On a donc une richesse, complémentaire avec toute cette tradition orientale, qu’on est en train de redécouvrir actuellement et je crois qu’on est au tournant de toute une réflexion sur la rédaction des Évangiles. Toute la richesse de l’Orient va enrichir les sources évangéliques dans les années à venir.

Sabrina :Avez-vous eu l’occasion de lire les messages que donne la Vierge Marie à Medjugorje? Parce qu’elle parle de certains de ces moments, parfois!

Mgr Cattenoz :Oui, alors je n’ai pas tout lu, mais pendant des années je recevais sur mon ordinateur ces messages que je lisais avec joie. Je peux dire que dans tous ces messages, il n’y a rien contre la foi de l’Église, contre les enseignements de l’Église.

Je me réjouis de lire tout ce qui se vit à Medjugorje.

Sabrina : J’ai l’impression que vous n’êtes pas un simple «évêque gestionnaire», mais un «évêque missionnaire». Comment vivez-vous la mission aujourd’hui?

Mgr Cattenoz :Pour moi, le plus important est d’annoncer Jésus-Christ et surtout d’apprendre aux gens à vivre en Christ. Alors qu’on a des chrétiens qui pratiquent, qui vont à la messe, qui lisent un peu la Bible… mais être baptisé, c’est vivre dans le Christ. C’est apprendre à vivre en Christ.

Lorsqu’on on voit comment saint Paul va inventer de nombreux verbes pour nous dire notre vocation à être dans le Christ, comment il va reprendre les verbes sur la Transfiguration pour parler de notre propre Transfiguration en Christ! Je crois qu’on a là une richesse qui est absolument laissée de côté aujourd’hui. Je souhaite aider les baptisés à redécouvrir l’importance de cette Transfiguration en Christ. Car où serons-nous dans l’éternité?

Saint Paul, au début de la lettre aux Éphésiens nous dit clairement: «Il nous a élus en lui dès avant la création du monde, pour que nous soyons saints et immaculés en sa présence dans l’amour, déterminant par avance que nous serions pour lui des enfants adoptifs dans l’unique bien-aimé.» Et c’est cette expression dans «l’unique bien-aimé» qui m’intéresse. C’est que si je dois passer mon éternité au cœur même de la Trinité Sainte, eh bien c’est dans le Fils bien- aimé. Donc, dès maintenant, je dois apprendre à vivre dans le Fils. C’est-à-dire, je dois apprendre à me recevoir du Père, d’instant en instant, et cela pour toujours. Mais pour cela, il faut se désapproprier de soi-même et apprendre à se recevoir du Père… mais quel travail de dégagement de tout ce qui vient de nous-mêmes, pour nous recevoir comme un enfant apprend à vivre dans l’intimité de son père et de sa mère!

Sabrina :Mgr Cattenoz début août nous avons eu le plaisir de recevoir à Medjugorje Mgr Dominique Rey, l’évêque de Toulon, qui est venu durant le Festival des Jeunes. Puis, pas même pas 10 jours après, nous avons eu le plaisir de vous recevoir, vous. J’ai l’impression qu’il se passe quelque chose avec les évêques du Sud de la France qui ont l’air de répondre davantage à l’appel que les autres!

Mgr Cattenoz :Je pense que d’autres évêques viendront à Medjugorje. Je crois que Dominique Rey est venu, moi je suis venu avec beaucoup de joie et j’espère que d’autres frères évêques viendront à Medjugorje! D’ailleurs moi-même, je vais essayer de voir si je ne peux pas organiser un pèlerinage l’année prochaine… Il y a déjà des pèlerins que je ne connais absolument pas, qui m’ont envoyé des emails pour me dire, après m’avoir entendu, que si j’organisais quelque chose l’année prochaine, ils voudraient s’inscrire.

Sabrina :Monseigneur, la prochaine fois que vous serez à l’une des rencontres ou réunions à la conférence épiscopale de France, aimeriez-vous y partager quelque chose de ce que vous avez vécu à Medjugorje?

Mgr Cattenoz :Je vous avoue qu’à table j’aurai sûrement l’occasion de parler avec les uns et les autres, puisque nous partageons tous les repas et je dirai certainement, clairement, la joie que j’ai eu d’aller à Medjugorje. J’espère que cela mettra dans le cœur de tel ou tel confrère l’idée d’y organiser également un pèlerinage dans les années à venir.

(article paru dans le numéro de Novembre 2019 du journal officiel de Medjugorje Glasnik Mira)

Article Interview Mgr Cattenoz PDF

2019-12-23T18:33:47+01:00

Notre site utilise des cookies. En utilisant notre site Web et en acceptant cette politique, vous consentez à notre utilisation des cookies. more information

The cookie settings on this website are set to "allow cookies" to give you the best browsing experience possible. If you continue to use this website without changing your cookie settings or you click "Accept" below then you are consenting to this.

Fermer